Je ne suis plus, 2024, acrylique et huile sur toile, 50 x 50 cm

Analyse d’oeuvre :

La palette de couleur choisie est volontairement limitée, jouant sur les nuances de gris, du plus clair argenté au noir profond, ce qui évoque une perte de chaleur, une absence de lumière vive. J’ai travaillé la texture avec des effets de relief, des superpositions et des coulures, créant des zones denses et d’autres plus fluides. Cette matérialité traduit une transformation, presque une érosion. En terme de composition,

il n’y a pas de centre narratif ou de figure identifiable, mais une circulation de matières et de contrastes. Cela invite à une lecture libre, où l’œil cherche des formes sans jamais les fixer complètement.

Le titre “Je ne suis plus” introduit une dimension existentielle forte. Associé à la toile, on peut y voir une métaphore de disparition ou de dissolution de l’identité. Comme si le “je” s’effaçait dans une matière brute, retournait à un état primordial, minéral ou cosmique. Les zones sombres et éclatées pourraient symboliser la fragmentation de soi, la perte de repères. Les reflets argentés apportent une lueur ambiguë : entre résidu de présence et trace fantomatique. Le titre “Je ne suis plus” entre en résonance directe avec la matérialité ; La peinture semble se dissoudre en elle-même : certaines zones se fondent, s’effacent, comme si elles voulaient disparaître. En même temps, la matière est épaisse, tangible, présente.
On a donc une tension, une dualité, entre la disparition du sujet (le “je” qui n’est plus) et la persistance de la matière, qui s’impose malgré tout.

On retrouve une approche qui se rapproche de l’abstraction lyrique (comme Soulages, mais en plus organique et moins frontal). On peut aussi évoquer une imagerie cosmique ou géologique : la surface d’une planète, la roche, la lave refroidie… autant de métaphores de transformation et de fin de cycle.

L’œuvre fait penser à des surfaces rocheuses, oxydées, érodées, comme si la peinture s’apparentait à un fragment de terre ou de cosmos. Elle fonctionne ainsi comme une métaphore matérielle : la matière picturale renvoie à la matière du monde. Elle devient un élément vivant, sujet à la transformation, à la corrosion, au passage du temps.

Dans cette peinture, il n’y a pas de figure ni de narration explicite : c’est la matière elle-même qui devient langage. La texture, les couches de peinture, les effets de saturation et de relief sont autant d’éléments qui remplacent la représentation. L’épaisseur des zones sombres, la rugosité, et les zones lisses argentées créent un contraste qui fait exister l’œuvre dans sa matérialité pure, presque comme un objet plus qu’une image. La surface laisse deviner une gestualité implicite : coulures, recouvrements, strates successives. Le processus pictural n’est pas effacé ; au contraire, il est visible dans les accidents, les craquelures et les densités. On pourrait dire que l’œuvre porte en elle la mémoire de son élaboration.

Ainsi, “Je ne suis plus” ne se réduit pas à ce qui est représenté (puisqu’il n’y a pas de sujet figuratif) ; elle est avant tout ce qui a été fait, travaillé, transformé.

Cohabitation : esprit, corps moi. 2023, acrylique et huile sur toile, 100 x 100 cm

Analyse d’oeuvre :

La toile est marquée par une forte densité de matière et de textures : couleurs, superpositions de couches, zones denses et zones fluides. La gamme chromatique est dominée par les bleus et les noirs et produit une atmosphère oscillant entre profondeur méditative et intensité dramatique. Ces variations sollicitent autant la vue que l’imaginaire tactile : on « sent » la rugosité, la fluidité et les épaisseurs. La matérialité devient un

vecteur sensoriel qui engage le spectateur au delà d’un regard frontal.

Le titre inscrit l’œuvre dans la problématique de l’expérience incarnée. Le noir qui fend et traverse la toile, peut être lu comme une matérialisation du corps ancré dans sa densité. Les bleus, mouvants, évoquent l’esprit, fluide, immatériel, en perpétuelle circulation. L’ »entre-deux », là où les matières se rencontrent, figure le « moi » : zone hybride où se tisse l’identité entre corps et esprit, perception et intériorité.

L’œuvre ne raconte pas, elle fait expérience par la profondeur des couleurs, le dynamisme des formes et la texture picturale qui investissent un rapport immersif. Le spectateur est invité à imaginer le toucher des surfaces, à ressentir physiquement les contrastes visuels comme des tensions ou vibrations intérieures. Cela ouvre à des voies sensorielles variées.

Par ses textures denses et ses couleurs contrastées, ma peinture met en scène la rencontre entre corps et esprit, traduisant un moi multiple, incarne et ouvert. Loin d’être une image figée, c’est une expérience perceptive qui valorise la diversité des sensibilités, invitant chaque spectateur à ressentir à sa manière cette cohabitation intérieure.